Les murs avenants de Papeete

Le fait urbain tahitien n’est pas des plus heureux. Habitat informel dans les vallées et le long des littoraux à risques, résidences pavillonnaires fermées dans les hauteurs, centre-ville de Papeete qui hormis quelques bâtiments officiels et un front de mer placebo ne s’illustre pas par sa qualité de vie, ni son esthétisme.

Pourtant en marchant, dans des rues où les voitures règnent en maître, surgissent inopinément de magnifiques fresques murales. Le contraste est saisissant entre la pauvreté architecturale, la vétusté du bâti, le peu d’efforts consentis pour son amélioration et ces images grandioses qui au hasard des rues transfigurent certaines façades et par la même occasion la ville qui gagne ainsi en couleur et en intérêt.

Le graffiti et la fresque comme leviers d’urbanité à Tahiti

Origine de cet embellissement, un festival d’initiative privée, Ono’u, dont le nom repose sur l’association maline des deux mots tahitiens « ONO » qui signifie joindre deux éléments et « U » la couleur. Le graffiti et la fresque comme leviers d’urbanité en quelque sorte. Les activités associées font d’ailleurs autant vivre le street art à Tahiti que Tahiti par le street art : concours de Graffiti, circuit urbain orienté par les oeuvres, ateliers avec des jeunes artistes locaux, musée et résidence d’artistes de renommée internationale, parmi lesquels HTJ, Jops, Abuz, Seth, Mast, Nilko, Peeta, Okuda, MR. ZL ou Vhils.

Ce dernier créait en février une oeuvre magistrale avec sa technique habituelle gravant à grand renfort de marteaux-piqueurs un vaste mur. Il y a de la magie dans la performance : en quelques heures, la façade nue voit apparaître un visage, une vahiné sur un fond au motif polynésien. La finesse du trait et la pureté de l’expression surgissent de la matière en s’opposant à la rudesse du ciment et de l’outil pneumatique, au bruit, à la poussière, à la chaleur. Un vrai labeur pour déboucher sur un portrait saisissant. Une façon différente de regarder Papeete et une raison de considérer positivement l’acculturation urbaine de Tahiti.